Vielise

Sur le trottoir, une couvvalise.

Au milieu de tout un fatras.

Un vieux monsieur est mort.

Sa vie se retrouve jetée à la rue.

Dans ce bagage, qui lui servit sûrement lors de son voyage à Londres dans les années 50, des photos, et les souvenirs épars de sa vie.

Impossible pour moi de laisser ce vieux monsieur finir ainsi.

J’ai pris la valise et elle est restée longtemps dans mon bureau, en instance.

Plusieurs fois je l’ai ouverte, j’ai humé l’odeur de carton bouilli mélangée à celle des boîtes de bonbon reconverties en gardiennes de vieux souvenirs. J’ai longuement regardé les photos, lu les quelques légendes, imaginé le voyage à Londres à bord du paquebot Royal Eagle, retracé les parentés, cherché pourquoi C. n’arrivait qu’à l’âge de 4 ans dans les photos de famille, imaginé ce qui avait permis que dans une famille un enfant s’appelle Jean-Claude et un autre Claude, inventé plein de possibilités aux deux noms de famille de Claude….

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J’ai assez vite eu l’idée d’une valise-objet, une œuvre retraçant à cet homme une vie imaginaire  à partir des bribes que j’avais pu reconstituer.

Le projet a longtemps mûri, il a changé d’orientation. A la Toussaint j’ai participé à un stage au Musée du Livre de Mariemont en Belgique. Là, les propositions de la formatrice Christelle Simonard ont tout d’un coup permis au projet de se concrétiser. Tout s’emboîtait, les idées venaient tout naturellement.La vielise était née.

Dominique Lagraula